
APICULTURE URBAINE
Ça a commencé avec deux ruches qui ont été détruites par un ours, mais ce n’était que le début. Malgré un début difficile, mes parents ont continué l’aventure en apiculture et j’apprenais à leurs côtés. Je donnais un coup de main avec les ruches, mais je n’ai pas eu mes propres abeilles avant de m’installer au Nouveau Brunswick en 2011. J’ai eu l’occasion d’expérimenter, de développer mes compétences en apiculture, j’ai même commencé à organiser des événements et des cours pour les apiculteurs locaux.
Quand je suis arrivé à Montréal, il y a maintenant 7 ans, je voulais continuer et je me suis rendu compte que l’apiculture urbaine avait déjà une certaine ampleur et qu’il y avait la place pour quelqu’un comme moi dans le mouvement. J’avais pensé que mes connaissances en apiculture étaient suffisantes et qu’avoir des ruches à Montréal était plus ou moins la même chose qu’ailleurs. J’ai vite appris que l’apiculture urbaine n’est pas pareille; la culture, les objectifs et mêmes les pratiques sont différentes et doivent être adaptées.
Mon expérience de l’apiculture avant d’arriver à Montréal était le soin d’un animal domestique. Comme les vaches, les poules et les chèvres, c’est un animal qui fait partie de l’agriculture et comme les trois autres, c’est une espèce qui ne vient pas d’ici. L’abeille à miel est une espèce européenne introduite au Québec pour la production de miel et pour la pollinisation, elle n’est ni une espèce sauvage, ni une espèce indigène.
Au sein du mouvement d’agriculture urbaine, une ruche dans la cour ou sur le toit est devenue symbolique pour les citadins écolos de leur lutte pour la protection de la biodiversité et pour un système local d’agriculture écoresponsable. L’apiculture urbaine est un bon outil d’éducation et de sensibilisation, il faut quand même regarder le métier plus en profondeur pour comprendre les impacts sur le système agroalimentaire et pour la biodiversité locale.
Une espèce parmi des centaines, l’abeille à miel est un insecte domestique et pas une animale sauvage; nous n’avons pas besoin de sauver l’abeille à miel. Par contre, elle est une espèce indicatrice de l’état de notre environnement et elle nous envoie des indications quant à la santé des tous les insectes est en péril.
L’abeille à miel est grégaire et charmante – par ce fait même une bonne ambassadrice pour tous les pollinisateurs et mêmes les autres insectes. C’est pour cela que les campagnes de sensibilisation et d’éducation utilisent l’abeille à miel, elle est un des rares insectes qui, malgré la peur, elle provoque d’être aimée et respectée.
L’apiculture urbaine ne peut pas et ne devrait pas remplacer l’apiculture rurale, elle devrait, au lieu de cela, servir comme pont de communication entre les citoyens ruraux et urbains. Il est vrai qu’on peut avoir un miel de qualité en ville, mais la capacité de production est limitée, et ces limites sont définies par l’abondance des ressources (plantes mellifères) en ville.
C’est vrai que l’abeille à miel fait face à plusieurs menaces : le varroa, le pcr, les champignons et les virus[1] mais le vrai problème pour les pollinisateurs (et les autres insectes) est un environnement en déclin, la surutilisation des pesticides et un manque de ressources. Ce sont les autres abeilles, c’est-à-dire les abeilles solitaires et les pollinisateurs qui sont les plus menacés. On les connaît moins, on détruit leurs habitats et on ne leur laisse pas assez de ressources pour qu’ils puissent s’épanouir.
En regardant le contexte de l’apiculture urbaine on se rend compte que c’est un métier qui peut servir comme point de départ pour la sensibilisation et les gestes écoresponsables. En pensant à l’abeille à miel et à ses besoins, nous sommes amenés à penser aux autres insectes, au système agroalimentaire et à la santé de nos écosystèmes, dont les villes. L’apiculture urbaine n’est pas une solution, c’est un point de départ pour une meilleure compréhension des enjeux environnementaux et les changements qui sont nécessaires afin de bâtir une société plus responsable.
[1] https://www.rustica.fr/biodiversite/apiculture-maladies-menaces-plus-courantes-abeille,3097.html



