LE KAMPO
HERBORISTERIE JAPONAISE, À LA CROISÉE DES CULTURES ET DES ÉPOQUES
L’herboristerie a quelque chose d’étrangement rémanent. Elle existe partout dans nos vies, et pourtant ses origines nous échappent. Elle semble faire partie d’un temps révolu, d’une époque ancienne, oubliée. Hors sans le savoir, la plupart d’entre nous pratiquons une forme d’herboristerie au quotidien ; nous consommons à peu près tous des stimulants, que ce soit le café, le cacao, le thé… ou encore du maté ou du guayusa. L’herboristerie est également vastement répandue dans nos cuisines, dans nos bières et nos cocktails, dans nos cosmétiques, dans nos produits nettoyants… Sur l’échiquier économique et politique, les plantes enthéogènes comme le cannabis, le coca, le pavot, pour ne nommer que celles-ci, occupent une place déterminante.
Pour certaines cultures, l’herboristerie fait partie de ce qui a forgé l’identité collective. La Chine est l’un de ces pays qui en a fait l’objet d’une étude approfondie, et ce, depuis des milliers d’années. Au-delà de leur potentiels gastronomiques, les règnes végétal, animal, et même minéral ont révélé leur pouvoir thérapeutique au fil d’innombrables expérimentations. Ce savoir a été judicieusement répertorié. Plusieurs traités ont été écrits, dont certains se sont rendus jusqu’à nous et sont encore activement utilisés, en Chine et ailleurs.
Au Japon, c’est le ‘’Shang Han Lun’’, écrit en Chine durant la dynastie des Han (-206 av J.-C. à 220 apr. J.-C.) et importé autour du 6e siècle, qui a eu le plus grand impact dans l’histoire de l’herboristerie médicale de ce pays. À leur manière, les japonais ont développé autour de ce savoir une méthodologie et une expertise qui leur sont propre. On nomme ainsi ‘’Kampo’’ la pratique de l’herboristerie telle qu’elle s’est largement développée au Japon. Plusieurs écoles ont contribué à ce savoir ancestral qui, tel que le veut la tradition, s’est transmis de maître à disciple au fil des siècles.
Le Kampo, tel que pratiqué aujourd’hui, reste fondé dans la littérature classique et les principes fondamentaux de la médecine chinoise. Elle est holiste dans son approche, et tend à donner de l’importance à la dynamique sous-jacente qui mène à l’apparition de symptômes. On privilégie des formules de plantes, et non la prise de plantes individuelles, puisque c’est de l’interaction entre les plantes que naît un potentiel thérapeutique plus complet.
Ceci dit, le Kampo présente des caractéristiques qui lui sont propres et la distingue de l’herboristerie pratiquée en Chine. Notamment, elle met l’emphase sur l’évaluation de la condition de la personne en se basant sur la palpation de l’abdomen (Fukushin), en plus de se référer étroitement à la constitution de la personne (Taichitsu). Ces considérations permettent davantage de précision et d’efficacité dans la suggestion de formules de plantes, et mettent en évidence l’importance de l’évaluation corporelle. La palpation permet également de recueillir des données objectives et vérifiables, qui au fil des séances se modifieront et serviront de point de référence pour le thérapeute.
Au niveau des formules de plantes utilisées, la pratique du Kampo favorise un standard de qualité rigoureux, encourage l’utilisation de formules en poudre, et privilégie de petits dosages.
Tous ces éléments rendent la prise de plantes très accessible, facile et sécuritaire. Autre fait intéressant, l’herboristerie chinoise fait régulièrement usage de substances provenant non seulement de la flore… mais de la faune également. En kampo, la vaste majorité des formules utilisées sont exclusivement végétariennes.
Au Japon, le Kampo fait partie intégrante du système de santé public, et seuls les médecins peuvent prescrire des formules de plantes. Comme acupuncteurs au Québec, l’herboristerie orientale, qu’elle soit chinoise ou japonaise, fait officiellement partie de notre mandat et de notre registre thérapeutique.
L’herboristerie est une démarche tellement pertinente, importante, à une époque où retourner aux sources semble être une voie d’avenir.
Christian Vyboh, Ac pratique dans le Plateau, à Montréal. Il a suivi une formation extensive en Kampo, et il la pratique souvent conjointement aux traitements d’acupuncture pour une efficacité supérieure.
Pour toute information supplémentaire, vous pouvez contacter Christian Vyboh, Ac. au 514.436.0405, ou bien visiter son site http://www.acupunctureholistique.ca



